Dehors
Quand je l'ai rencontré, il m'a sorti le Grand Jeu : restaurant, cadeau, romantisme et galanterie. Il m'a vite appris qu'il était du voyage. Ma mère m'a dit de ne pas le suivre. Mais j'étais amoureuse. Il me disait que j'étais belle, la plus belle pour lui, que je le serai toujours. Ça a duré six mois. Puis je suis tombée enceinte, je suis devenue difforme. La Baleine, c'était moi, c'était mon nom. Le Petit Cœur du début de mariage est devenu une Grosse Vache. Il ne me touchait plus. Du moins pas comme un mari touche sa femme. Non.
Quand Sophie est née, j'ai pris ma première gifle, pour m'apprendre à faire un garçon. J'aurais dû réagir et partir. J'ai cru qu'il m'aimait encore. J'ai accouché de François un an après. Il était heureux d'avoir un fils. Un temps ... François n'a pas fait ses nuits tout de suite. Et dans une caravane en pleine chaleur, difficile de calmer un bébé qui pleure, surtout quand sa sœur le suit. Lui, ça l'a rendu nerveux.
C'est en revenant de l'hôpital, le bras en écharpe, que j'ai enfin remarqué à quel point les autres femmes étaient éteintes. Une lueur s'est allumée en moi. Tant que je ne serai pas comme elles, j'aurai encore une chance, mes enfants aussi. C'est ce qui m'a fait tenir jusque là. Aujourd'hui les enfants sont assez grands, ils pourront me suivre.
Alors, c'est décidé, je pars. Je vais profiter de son absence samedi. Ça tombe bien, le samedi c'est plus tranquille. Il y a moins de monde. Je pourrai accompagner les enfants, pour aller jouer, dehors.